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#Hardware · Adrien Morel

Le Steam Deck 2 existe. On ne sait toujours pas quand. Et honnêtement, c'est peut-être une bonne nouvelle

Le Steam Deck 2 existe. On ne sait toujours pas quand. Et honnêtement, c'est peut-être une bonne nouvelle

Il y a des annonces qui n'en sont pas vraiment. Valve vient d'en faire une.

Pierre-Loup Griffais — l'un des programmeurs clés du Steam Deck, celui qui répond aux questions hardware depuis des années avec une prudence de diplomate — a accordé une interview à IGN à l'occasion du lancement du Steam Controller 2026. On lui a posé la question. La même qu'on lui pose à chaque fois. Alors, le Steam Deck 2 ?

Sa réponse : "We're hard at work on it."

En français dans le texte : on bosse dur dessus. Pas de date. Pas de specs. Pas de fenêtre. Juste une confirmation que le projet existe et que les équipes y travaillent. Ce que tout le monde savait déjà.

Et pourtant — et c'est là où c'est intéressant — il y a beaucoup à lire entre ces quelques mots.

Valve n'a pas de calendrier. Et c'est volontaire.

La première chose à comprendre avec Valve, c'est que cette entreprise ne fonctionne pas comme les autres dans le hardware. ASUS sort un ROG Ally, en sort un autre six mois plus tard avec une puce légèrement meilleure. Lenovo fait pareil avec le Legion Go. C'est la logique PC : itérer vite, laisser le client choisir sa génération, maximiser la rotation.

Valve refuse explicitement ce modèle.

Griffais l'a dit clairement à plusieurs reprises : une amélioration de 20, 30 ou même 50 % des performances à autonomie équivalente ne suffit pas. Ce n'est pas suffisant pour que le Steam Deck 2 existe. Il faut un saut qui se voit. Qui se sent. Quelque chose de comparable au passage d'une PS4 à une PS5 — pas le passage d'un iPhone 15 à un iPhone 16.

C'est une exigence rare dans l'industrie du PC gaming. Et c'est précisément ce qui explique pourquoi le Steam Deck 2 n'est pas sorti en 2024, ni en 2025, et ne sortira probablement pas en 2026.

La cible officieuse que les insiders comme Kepler2 donnent : 2028. Deux ans encore, au minimum.

Le problème de la puce — et pourquoi c'est plus compliqué qu'il n'y paraît

Tout tourne autour d'une question : quelle puce ?

Le Steam Deck original tourne sur un APU AMD semi-custom basé sur Zen 2 et RDNA 2 — une architecture de 2020, spécialement calibrée avec AMD pour tenir dans l'enveloppe thermique et énergétique d'un handheld. C'était du beau travail. C'est aussi devenu vieux.

Pour le Steam Deck 2, les rumeurs les plus sérieuses parlent d'un APU AMD Zen 6 + RDNA 5. Un saut de deux générations complet. Sur le papier, ce serait exactement le type de progression que Valve attend — une performance potentiellement doublée ou plus, avec une efficacité énergétique nettement améliorée.

Le problème : cette puce n'existe pas encore dans un format adapté au gaming portable. Les architectures Zen 6 et RDNA 5 sont en cours de développement chez AMD, mais les APU pour handhelds — les variantes basse consommation, haute intégration, conçues pour tenir dans 15 à 20W — ne sont pas encore disponibles dans la fenêtre de production que Valve voudrait.

Et là-dessus vient se greffer une deuxième décision stratégique majeure : Valve envisagerait d'abandonner le semi-custom.

Plutôt que de développer une puce spécifique avec AMD — comme l'ont fait PlayStation et Xbox — Valve pourrait opter pour un SoC standard, disponible sur étagère. Le Ryzen Z2 Extreme circule dans les rumeurs comme candidat potentiel pour une version intermédiaire, même si des observateurs estiment que ce ne serait pas suffisant pour le saut que Valve veut.

Cette logique off-the-shelf a une vraie cohérence industrielle. Pas besoin de financer un développement sur mesure. Pas de dépendance à un calendrier de production TSMC précis. Plus de flexibilité si le projet prend du retard — ce qui, en l'occurrence, est exactement ce qui se passe.

Et surtout : si le retard se prolonge jusqu'en 2029 à cause de la crise mémoire actuelle, Valve pourrait se retrouver avec une puce encore plus récente que prévu initialement. Un retard qui se transforme en avantage technologique. C'est le scénario que certains préfèrent désormais envisager.

La crise RAM — le problème que personne n'avait anticipé

Parlons-en, de cette crise.

Depuis le début de l'année 2026, les composants mémoire manquent. RAM, NAND Flash, stockage — tout est en tension sur le marché mondial. Les conséquences sont déjà visibles : le Steam Deck LCD et le Steam Deck OLED sont en rupture de stock depuis mars dans plusieurs régions. La Steam Machine, dont le lancement était attendu en 2026, semble avoir pris du retard. Et le Steam Controller 2026, lui, est sorti — le 4 mai, à 99 dollars — mais son accessibilité internationale reste floue.

Ce contexte rend la situation de Valve à la fois compréhensible et inconfortable.

Compréhensible, parce qu'on ne sort pas une console en rupture de mémoire. On ne peut pas prendre des précommandes pour une machine dont on n'est pas sûr de pouvoir assurer les livraisons. Sony et Microsoft se sont retrouvés dans des situations similaires au lancement des PS5 et Xbox Series X — mais eux avaient des années d'avance dans la planification de la chaîne d'approvisionnement.

Inconfortable, parce que pendant ce temps, la concurrence continue de sortir des produits. Le Lenovo Legion Go S est la première machine tierce à embarquer SteamOS — ce qui était jusqu'ici l'exclusivité de Valve. Si d'autres fabricants s'approprient l'écosystème logiciel pendant que Valve est à l'arrêt côté hardware, la proposition de valeur du Steam Deck 2 deviendra plus difficile à formuler.

Ce que le Steam Controller 2026 dit du Steam Deck 2

Ici, il faut faire un peu de déduction — mais c'est le genre de déduction que Griffais encourage implicitement quand il parle de l'écosystème Valve comme d'un tout cohérent.

Le Steam Controller 2026, c'est une manette. Deux pavés tactiles haptiques sous les sticks analogiques. Des boutons dorsaux. Des sticks magnétiques TMR pour éliminer le stick drift. Connexion sans fil propriétaire à 2,4 GHz avec latence inférieure à 8 ms. Compatible PC, Steam Deck, smartphone.

Ce n'est pas juste une manette. C'est un laboratoire d'ergonomie et de technologie d'input à 99 dollars, vendu à grande échelle, qui permet à Valve de valider des choix de design en conditions réelles avant de les intégrer dans le Steam Deck 2.

Les pavés tactiles du Steam Deck original viennent du Steam Controller de 2015. La logique est la même aujourd'hui. Ce que Valve apprend avec le Steam Controller 2026 — en termes de retour utilisateur, de durabilité, de ressenti haptique — finira dans le Steam Deck 2.

C'est une façon de développer du hardware qui n'a pas d'équivalent chez les concurrents. Et c'est une des raisons pour lesquelles l'attente, chez Valve, n'est jamais vraiment du vide.

Alors, on attend — mais on attend quoi exactement ?

Si on résume l'état des lieux au printemps 2026 :

Le Steam Deck 2 est en développement actif. La cible est 2028, avec un risque de glissement vers 2029 si la pénurie mémoire persiste. La puce sera probablement un AMD Zen 6 ou équivalent, possiblement en version standard plutôt que semi-custom. Le Steam Controller 2026 nourrit déjà la conception du successeur. Et Valve refuse, par principe, de sortir quelque chose qui ne représenterait pas un saut générationnel clair.

Est-ce que c'est frustrant ? Oui.

Est-ce que c'est irrationnel ? Non.

Le Steam Deck original a pris le marché par surprise parce que Valve avait pris le temps de tout faire correctement — l'hardware, SteamOS, Proton, l'interface Big Picture. Un Steam Deck 2 bâclé pour être premier sur le marché n'aurait aucun sens. Et au fond, on le sait tous.

La vraie question n'est pas quand. C'est : est-ce que la puce d'ici 2028 sera suffisamment bonne pour que ça vaille vraiment la peine d'avoir attendu ?

Tout porte à croire que oui. Et si ce n'est pas le cas en 2028, Valve attendra 2029 sans complexe.

C'est exactement ce genre d'attitude qui rend l'attente d'un produit Valve aussi particulière. Éprouvante, mais particulière.

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